Mauvaise nuit

Nuit de cauchemars. Toutes les angoisses qui se manifestent en même temps, le signal pour dire « Non, n’y va pas », « Change de vie, celle-ci ne te convient pas ».

Au réveil, les yeux sont rouges d’avoir remué derrière les paupières.

On voudrait répondre à l’injonction, continuer sa nuit, changer de vie, mais il n’est pas encore temps d’activer le plan.

Bientôt. Il faut tenir encore un peu, mais les derniers mètres sont toujours les plus difficiles.

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Trop-plein

Insomnie d’un trop-plein de pensées. Des pensées qui flottent et qui s’imposent. La peur de les oublier. Elles reviennent immanquablement dans un désordre apparent.

À elles s’ajoutent les nouvelles idées. Celles dont on ne sait pas si elles sont bonnes ou mauvaises.

Toujours est-il qu’elles aussi empêchent de dormir.

C’est toute la semaine qui semble prédire une insomnie.

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Le cauchemar

À cinq heures, le cauchemar. La chambre est encore noire, la rue immobile. Il est trop tôt, mais on n’avait pas le choix, il fallait se réveiller. Quand le sommeil n’est plus un refuge, mieux vaut y renoncer. Impossible de se rendormir, on regarde passer les minutes en attendant la sonnerie du réveil. On n’est pas encore de ces gens qui peuvent commencer leur journée à cinq heures du matin, comme si de rien n’était, mais cela viendra peut-être.

En attendant on fuit les filaments du cauchemar. Les résidus font battre les paupières, mais ils s’échappent bien vite, on serait bien en peine de le raconter. Ne reste que l’immobilité du noir, l’attente du jour à venir.

Image : Johann Heinrich Füssli, Le cauchemar, 1781.

Le vol des corneilles

Quiétude d’un matin d’hiver. Le silence. Dans quelques minutes, on entendra le vol des corneilles. Elles sont des dizaines à hurler ensemble dans les airs, à la même heure tous les matins.

Elle aime ces réveils matinaux alors que le village endormi s’éveille. Elle aime prendre son temps à la table du petit déjeuner, devant sa tasse fumante, et voir s’étaler devant elle toutes les possibilités de la journée. Tant d’heures restent ouvertes et l’invitent. Au cours des minutes matinales, le monde est encore à sa merci.

Avant elle connaissait à peine le matin, il était déjà bien avancé quand elle se levait enfin. Mais son sommeil s’est altéré, les nuits se sont raccourcies. Elle ne l’a pas choisi, mais elle est finalement heureuse qu’il en soit ainsi.

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Insomnie

Ses paupières restent collées l’une à l’autre, premier moyen par lequel elle espère se rendormir. Elle ne sait pas ce qui a déclenché son réveil. Si c’est un bruit extérieur ou son envie de faire pipi. Quand elle a repris pleinement conscience elle avait l’impression d’avoir pratiquement fait sa nuit complète. Pour une fois un sommeil non fractionné, profond. Et puis par curiosité ses paupières se sont décillées et elle a regardé l’heure sur son réveil analogique. Trois heures du matin. Cette heure de la nuit devenue familière pendant laquelle elle pourrait presque se lever et s’activer.

Mais elle est psychorigide et elle a décidé qu’au milieu de la nuit il fallait dormir. Alors elle se retourne dans son lit. S’engloutit sous son oreiller, essaye de trouver la porte d’entrée vers le sommeil, mais rien n’y fait. Son esprit commence à vagabonder. Il s’active, dépense de l’énergie qui s’auto-alimente. Par moments elle se sent somnoler. Elle reste à la frontière de rêves conscients. Ils la fatiguent, mais ils ont le mérite de l’accompagner dans ses nuits d’insomnie. Ils jouent le rôle d’un livre ou d’un film qu’elle aurait décidé de regarder pour tuer le temps.

Quand l’heure de se lever arrive, elle est vidée. Quitter le confort de son matelas lui est insupportable. Il y a un sentiment de trahison. Ce sommeil qu’elle aime tant, dans lequel elle aimerait se lover, la fuit. Il ne veut plus d’elle, leur histoire est finie.

 

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Le moustique

Le silence était lourd dans la chambre. Par la fenêtre ouverte un air rafraîchit faisait tinter les lames du store.

Réveil en sursaut. Brûlure, démangeaisons. L’esprit encore embrumé par le sommeil, une certaine incompréhension. Comment était-ce possible ? Il ne s’était pas manifesté, elle n’avait rien entendu.

Et puis, instantanément, le bourdonnement aigüe dans l’oreille. La déclaration de guerre.

Les matins

Il est tard. Ce matin encore le lever a été difficile. Renoncer à ce moment de détente sous la couette alors même que l’on est réveillé depuis longtemps est impossible. Il faudrait qu’elle parvienne à s’extraire de son lit dès que le réveil sonne. Mieux encore, il faudrait qu’elle arrive à se lever deux heures plus tôt, pour profiter au mieux de sa matinée. Pourtant elle n’y arrive pas. Elle a déjà réussi à intégrer des routines importantes dans sa vie à d’autres moments de la journée, mais tout coince au moment de se lever plus tôt.

Rester dans son lit après le réveil, essayer de ramener à soi le sommeil, faire durer cet instant de bien-être est une chose trop précieuse pour avoir envie d’y renoncer. En ce moment la séduction de la lenteur est très forte. Se laisser aller à vivre. Le luxe de suivre son propre rythme.

Tous les matins elle peut se dire qu’elle fera mieux le lendemain. Que demain, oui, elle mettra le réveil plus tôt, commencera à travailler dès ses tartines avalées plutôt que de traîner sur Internet jusqu’à onze heures. Elle peut encore devenir efficace, il suffit qu’elle commence demain. Elle ne sait même pas comment elle a pu réussir à se lever à sept heures tous les matins pendant deux ans. Tout ça lui paraît tellement loin !

Mais si, vraiment, demain elle fera un effort. C’est promis.

Le rêve

S’emmitoufler sous la couette. La passer au-dessus de sa tête de sorte que l’on n’est plus en contact avec le monde extérieur. Il est trop tôt. Beaucoup trop tôt. On voudrait pouvoir rester éternellement dans ce lit. L’envie est tellement forte que l’on s’enfonce petit à petit. Le matelas encore dur quelques minutes plus tôt a l’air de gonfler et de gagner en moelleux. Il nous avale. Finalement, à force d’être enseveli, on est passé de l’autre côté. La couette et le matelas ont disparu. Peut-être sont-ils au-dessus de notre tête, mais il fait chaud. L’impression de confort ne s’est pas volatilisée.

Quelqu’un approche. C’est M. qui fait des bulles de savon. Des bulles sèches et énormes, qui volent autour de sa tête sans éclater. On ne ressent pas autant de curiosité qu’on le penserait. Il y a du bruit derrière, mais on ne peut pas se retourner. Nos pieds sont scellés dans le sol. En fait ils sont en pierre et la malédiction remonte petit à petit dans les jambes. De doux rêve cotonneux on passe à un cauchemar terrifiant. Mais depuis longtemps on a le pouvoir d’en sortir.

Une petite bouffée d’air frais de l’autre côté du matelas et c’est reparti pour l’exploration. On vole maintenant. En attrapant une bulle de savon de M. on est entraîné dans un tourbillon. On rit, la sensation est agréable. Au loin il y a un bruit agaçant. Comme le cri strident d’un oiseau malade. Revoilà la couette qui nous recouvre. Elle est chaude et moelleuse. Le son devient plus fort. Il est sept heures trente. L’heure d’aller travailler.