Printemps

L’hiver est passé vite, le bleu s’est emparé du ciel.

Les arbustes éclatent déjà de fleurs, les oiseaux chantent les uns pour les autres à l’ombre des branches encore nues.

Calmes matins de paresse, on se laisse vivre tant qu’on en a l’occasion.

Le futur a cessé de s’inviter dans le présent, son horizon s’étire, s’étire encore. Incertain, bouché, terne. Il faut jouir, ici et maintenant.

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Crépuscules

Le ciel est bleu foncé. De cette couleur d’encre avec laquelle les écoliers écrivent sur leurs cahiers. Le soir tombe peu à peu. Le froid est encore un peu vif, mais le fond de l’air est plus doux que ces derniers jours. Il n’y a plus besoin de se recroqueviller dans le col de son manteau. Ce dernier est d’ailleurs à moitié ouvert, pour faire rentrer un peu de frais. La marche tient chaud. Marche lente pour profiter de ces premiers crépuscules du printemps, ou des derniers crépuscules de l’hiver.

Un oiseau chante caché dans les branches d’un arbre. Un chant joyeux, affairé. L’odeur qui flotte dans les jardins a imperceptiblement changé depuis la veille. L’odeur du printemps. Il a beau ne pas être encore installé, sa seule évocation réveille des émotions contradictoires dans les cœurs. Bonheur et tristesse, regrets et énergie. L’impression est tellement forte, elle fait tant de bien après les doutes hivernaux qu’il faut en profiter.

Flâneries avant que la nuit ne tombe. Rester dehors le plus longtemps possible avant que demain tout change. Le froid à nouveau, les bourrasques qui reviennent en force.

Profiter de ces premiers crépuscules, les premiers du printemps.

Le printemps

Il s’est levé avec difficultés. En ouvrant le volet, le ciel gris, bas, sinistre, lui a donné envie de se recoucher. Depuis plusieurs jours la lumière est terne, c’est comme si le soleil avait décidé de ne plus se lever. Comme tous les ans à la même période de l’année il doute que le printemps revienne. Et s’il ne revenait jamais ? Et si désormais il fallait s’adapter à un éternel hiver ?

Depuis plusieurs mois il fait tout au ralentis. Il a honte de cette inaction, mais c’est plus fort que lui. Néanmoins il ne peut pas nier les changements qui surviennent. Les températures se sont nettement adoucies. Il peut maintenant rester plusieurs heures assis devant la fenêtre ouverte. Ce jour-là il met du temps à remarquer que la lumière a augmenté. Oui c’est bien un rayon de soleil qu’il voit percer à travers les nuages. C’est bien une bande de ciel bleu qu’on voit loin derrière les traînées blanches. Le chant d’un oiseau retient soudain son attention. Ce n’est pas le jaquetage permanent d’une pie, mais bien le doux chant léger d’un messager du printemps. L’émotion qui le submerge alors est démesurée. Les larmes lui montent aux yeux.

Ce sont bel et bien les derniers instants de l’hiver. Il y aura un printemps.

Pauvre hiver !

En ce moment, le printemps se bat avec l’hiver. De temps en temps il parvient à réaliser des percées. Un rayon de soleil par ci, un chant d’oiseau par là. La verdure reconquiert doucement l’environnement. Mais c’est toujours fugitif. Bientôt la grisaille envahit à nouveau l’ensemble. L’hiver n’en est qu’à sa moitié et pourtant il a trop duré. Tout le monde veut déjà le voir terminer.

Saison mal aimée. Quand il arrive en décembre pour tout couvrir d’un voile de froid on l’adore, on voudrait même qu’il se déchaîne, mais l’on veut rompre dès la fin de la lune de miel. Pauvre hiver. Il ne pourra jamais faire le poids, il le sait.

Le printemps, lui, se fait désirer. Il fait de courtes apparitions, montre la douceur de son souffle avant de recéder la place à son cousin qui hurle de plus belle. Le printemps connaît son succès. Comme un séducteur cruel il fait miroiter la joliesse de son climat à ses adeptes. On pourrait dire qu’il aime les faire souffrir. Pour une brève incursion, l’hiver se déchaîne pendant des jours et des jours. Froid intense qui engourdit les doigts. Grisaille, blancheur même, du ciel. Non, vraiment, il est temps qu’il parte.