Balade au jardin

Au loin, des coups de fusil peut-être. Ils ponctuent le bruissement des jardins et le chant des oiseaux. À force de répétitions, le son devient intolérable. On voudrait décréter son interdiction pour pouvoir arpenter les allées odorantes en paix.

Promenade d’amoureux, qui, à chaque pas, s’arrêtent au milieu des rhododendrons pour échanger des baisers. Quand ils se regardent, leurs sourires affluent de toutes parts. Ce sont des prunelles qui pétillent, des dents qui brillent, des rides qui se creusent.

Le temps amoureux est suspendu. Il se passe deux heures quand on ne perçoit qu’une longue minute emplie de mots doux et de caresses.

Cris

Elle entendait les cris des enfants qui jouaient dans le jardin. Elle s’était toujours interrogée sur le besoin qu’ils avaient de tant hurler, mais elle avait fini par s’y habituer. Plus jeune, ces cris l’auraient insupportée. Aujourd’hui ils avaient un aspect rassurant. Tant qu’ils criaient, ils étaient vivants.

Elle était dans son bureau, la porte fermée, mais la fenêtre sur le jardin restait ouverte, pour pouvoir les surveiller. Le bureau était sa pièce préférée. C’était presque comme une extension du jardin, où elle seule pouvait aller.

Les enfants jouaient près de la lavande. Soudain le silence avant un cri strident. Presque la prémonition de ce qui allait se passer. Elle se lève et court à la fenêtre. L’enfant en larmes qui se précipite vers elle. Elle est immédiatement rassurée.

 

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Le jardin

Visite glacée. Les graviers des allées sont plein de givres. Les arbustes et les pelouses sont recouverts d’un manteau blanc, non pas de neige. C’est comme si des bouts de ciel étaient retombés au sol avec la lourdeur de l’air. Les corneilles ont envahi le jardin. Elles croassent dans les arbres, se perchent sur les grilles et marchent sur les pelouses endormies. Les jardiniers ne savent plus comment se débarrasser d’elles et éviter la destruction des parterres.

En plein cœur de la ville, le jardin paraît étouffer les sons. En marchant le gravier craque et c’est le seul son qui résonne avec le cri des corneilles. De courageux humains ont décidé d’affronter le froid pour un jogging matinal et quotidien. Rares sont les simples promeneurs. Un jardin en hiver n’attire pas les foules.

Se perdre dans les méandres du jardin botanique. La présentation des plantes s’effectue dans un ordonnancement bien précis. Il s’agit de montrer au visiteur les parentés entre espèces et leurs évolutions au gré des temps géologiques. Le bout du nez est froid, à chaque respiration un nuage se forme devant le visage emmitouflé. Il faut s’être perdu ou avoir une bonne raison d’errer par ce froid dans ces allées rébarbatives.

Derrière, la serre majestueuse se dresse, fermée au public. Il est un peu trop tôt, les plantes sont encore endormies.