Intuition

Une intuition qui ne ment pas.

Fidèle sens aiguisé par des années de pratique.

Les antennes dressées, attentives et prêtes à dire.

Une intuition que l’on suit, tout le reste fermé,

La porte qui s’ouvre sur l’intime.

Photo by JR Korpa on Unsplash


[Vie de doctorante] La déprime

Plusieurs mois que je publie sans régularité. L’inspiration me fait défaut. Chaque matin pourtant je prends mon petit carnet à la table de la cuisine et j’essaye d’écrire quelques lignes. Mais le plus souvent ce qui vient n’a rien de poétique. Ce sont des mots de préoccupation et d’angoisse qui ont besoin de sortir et qui empêchent le reste de prendre forme. Alors pourquoi toute cette souffrance ?

Je suis doctorante. Je m’avance dangereusement vers la fin de ma troisième année, chaque jour qui passe me rapproche un peu plus d’une échéance dont je me dis que je n’arriverai jamais à la tenir. Il y a trop à faire, trop de livres à lire. Je suis trop lente, je m’y prends mal sans doute, je suis submergée par la perspective de tout ce qu’il me reste à faire et effarée par mon état d’avancement ridicule. Sans arrêt je me dis que les autres doctorant-e-s sont mieux organisés, plus efficaces, plus capables que moi de mettre leur travail en place.

Je n’ai rien de tangible. Je ne me sens pas aussi démunie que lorsque je suis entrée en première année, mais presque. Tout cela fait partie du jeu, je le savais. C’est une chose de le savoir, c’en est une autre de le vivre. Mais ce ne serait rien si ne s’ajoutaient pas à cela des considérations matérielles. Je fais une thèse non financée. C’est-à-dire qu’aucun organisme de recherche ne me donne d’argent pour ces quatre années de travail programmées avec ma directrice de thèse. Il est certain que je suis libre comme l’air, mais en contrepartie je vis dans l’incertitude du lendemain. Pendant deux ans et demi j’ai réussi à m’en sortir en alternant contrats à durée déterminée à temps complet et périodes de recherche plus intenses.

Et puis j’ai quitté Paris. Parce que je voulais une meilleure qualité de vie et un appartement moins cher. C’est ça qui est bien avec la liberté, non ? Mais cela ne s’est pas vraiment passé comme prévu et aujourd’hui je suis dans une période d’étranglement financier. Je peux encore gérer pour deux mois, mais après ? Et si la situation ne se débloquait pas ? Et si je ne pouvais pas réussir à terminer ? C’est une chose de douter de ses capacités intellectuelles, c’en est une autre de se demander si on va pouvoir maintenir son indépendance et son niveau de vie. Les deux ensemble cela fait un petit cocktail acide auquel personne n’a envie de goûter.

En bref je suis déprimée, inquiète, fatiguée, découragée. Et pourtant je continue, et j’écris. Mais rien de très inspiré.

 

Photo by chuttersnap on Unsplash

Tendresse

Une montagne devant ses yeux, juste à côté une vallée duveteuse et douce. De sa main gauche il caresse légèrement le bout de corps. Il le survole presque. Sa paume emprunte avec plaisir le bombé du sein. L’arrondi est soyeux et chaud. Au sommet le téton encore endormi se réveille doucement au contact des doigts. Il a la tête posée tout contre son aisselle, le nez presque collé au sein de gauche. Vu d’ici il paraît immense.

Elle se tient immobile sans le regarder. Elle garde les yeux fermés. Il pourrait croire qu’elle dort, mais le bout de ses doigts posés sur sa tête produisent le léger mouvement d’une caresse. Ils ne se sont même pas encore dit bonjour. Elle essaye de faire comme si le sommeil était encore à elle. Lui la regarde. Moment doux et béni du réveil. Ce matin ils n’ont pas besoin de se lever, ils peuvent même rester au lit toute la journée si ça leur chante. L’opportunité ne se présente pas souvent. Il sait qu’elle voudrait dormir davantage. Lui a renoncé. Mais il peut toujours la regarder dormir, il ne s’en lasse pas.

Elle commence à s’étirer. C’est le signe qu’elle va ouvrir un œil et puis le refermer. Elle répète l’opération plusieurs fois avant de déclarer qu’elle est vraiment réveillée.

« Bonjour »

Un bonjour un peu rauque, encore ensommeillé. Il lui répond par un sourire et un baiser.

Un bonjour tendresse. Une bonne journée.