En gare

Ils se sont retrouvés dans le tumulte de la gare. La bousculade sur le quai l’a entraînée vers lui en même temps que la sortie. Lorsqu’ils se remarquent enfin, que leurs yeux se croisent, un sourire s’étale comme une tache sur leurs visages. Leur baiser, au milieu de la cohue, arrête le temps.

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Balade au jardin

Au loin, des coups de fusil peut-être. Ils ponctuent le bruissement des jardins et le chant des oiseaux. À force de répétitions, le son devient intolérable. On voudrait décréter son interdiction pour pouvoir arpenter les allées odorantes en paix.

Promenade d’amoureux, qui, à chaque pas, s’arrêtent au milieu des rhododendrons pour échanger des baisers. Quand ils se regardent, leurs sourires affluent de toutes parts. Ce sont des prunelles qui pétillent, des dents qui brillent, des rides qui se creusent.

Le temps amoureux est suspendu. Il se passe deux heures quand on ne perçoit qu’une longue minute emplie de mots doux et de caresses.

Je suis un chat

Je suis un chat. Un chat agile qui se roule sur le dos en étirant les pattes, qui expose ainsi la vulnérabilité de son ventre à l’humain qui partage son lit. Je m’abandonne dans ces roulades. Je joue, malicieux, avec le corps allongé à côté du mien. Je me recroqueville, je me colle et je me frotte. Je m’efforce de laisser mon odeur tout autour de moi, que l’autre ne puisse plus rien toucher sans sentir le vestige de ma présence.

Je suis un chat qui parfois sort les griffes. Calme et passif au premier abord, je me redresse vivement et je mords. Mon impétuosité réserve toujours des surprises.

Je suis un chat en demande de caresses, câlin, collant parfois. Ce chat d’appartement, qui a abandonné sa sauvagerie sous un plaid en pilou.

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Après les flammes

L’écriture de ce texte a été contrainte par dix mots imposés par une amie : mièvre, joker, ampoule, antenne, grizzly, tuba, pétrole, sentiment, paille, customisation.

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Derrière le poêle bleu pétrole, une fenêtre ouverte sur le vide. Un champ de paille à perte de vue, qui glace le cœur de qui se souvient des herbes hautes et dansantes de l’été. Les brins calcinés répandent au sol une odeur douçâtre, ils auréolent la cabane comme une couronne de terre.

Comme une antenne solaire, la maison est restée debout tandis que la prairie agonisait sous le rugissement de grizzly des flammes. Elle est restée là, immobile et calme, à peine noircie par les fumerolles.

Sur le mur extérieur, l’ampoule qui grésillait a éclaté sous la chaleur. Son cadavre est un vestige.

L’empreinte du banc de bois creuse dans la pierre un sourire de joker, une plaie béante, un hurlement sonore dans le chaos.

Et au milieu de la désolation, son regard mièvre, qui scintille de larmes. Elle croit que c’est son amour qui a protégé la maison, alors que ce sont les pierres. Elle croit au sentiment-bouclier, celui qu’elle arbore en façade, qui à l’égal d’un tuba lui permet de respirer.

Elle aime celui qui va revenir et qu’elle attend, celui pour qui elle s’est adonné à la customisation de son jardin de racines. Dehors, pour l’accueillir, elle a dressé une arche tressée. Une arche de paille brune pour la célébration de son amour brûlé.

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Goutte d’eau

À chaque murmure une goutte d’eau qui tombe dans la bassine. Le ploc sonore chante sa propre chanson. Elle ne l’entend pas, occupée par les mots d’amour qu’il lui susurre doucement. Les piles ont grossi, la vaisselle stagne, le courrier s’amoncelle en bas de l’immeuble. La boîte déborde, mais elle n’y prête pas attention. Plus rien n’existe autour, elle est tournée exclusivement vers ses sensations.

Il lui manque. Sa voix réveille en elle des battements de cœur dans son sexe. Elle imagine ses bras autour d’elle, ses lèvres sur les siennes. Il occupe une bonne partie de ses pensées. Il n’y a plus de place pour le reste, pour la lessive à faire, les courses à acheter, les moutons de poussière à ramasser.

Des heures elle l’écoute et lui parle. Elle sait que ça ne va pas durer.

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Le cocon

Une histoire naissante, comme un cocon. À l’intérieur et ensemble, de petites fourmis façonnent l’amour de leur mandibules. Elles construisent la structure qui n’en est encore qu’à ses fondations. On pourrait tout aussi bien en faire autre chose, les occupants verront bien suivant l’impulsion du moment. Mais chaque jour ils se réjouissent de ces petits cailloux. Par devers eux, dans le secret de leurs pensées, ils imaginent des palais, se projettent des des constructions éclatantes. Ils n’osent pas formuler l’espoir, mais il est là, que ça donne quelque chose.

Mais il faut partir du vide et de l’inconnu. Les premières expériences ont servi de briques et de ciment, encore faut-il qu’il y en ait d’autres pour pouvoir monter le mur.

 

 

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Caresse

De la buée sur mes lunettes. Ils me manquent son menton contre mon front, ses bras qui m’entourent et me caressent. Léger balancement de la tête, un effleurement de toute la surface du corps. Le creux de son cou est un refuge.

Les yeux fermés pour aviver les sensations et d’une main qui touche à peine la peau de l’autre, je donne des frissons. On alterne entre celui qui donne et celui qui reçoit.

Endormissement délicieux, abandon des corps l’un sur l’autre. La caresse d’une chatte qui s’installe bien consciencieusement sur le ventre et qui ronronne.

Je voudrais retrouver ces bras fantômes.

 

 

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La noce

Alice regarde Florian. Son sourire immense s’étire et rebondit sur les invités de la noce. Il danse avec ses amis. Alignés tous ensembles, ils font le show. Les gens rient, les cœurs sont pleins d’amour.

Alice regarde Florian. Leurs yeux presque se touchent. Au milieu de leurs baisers les paroles d’une chanson qui s’échappe, plus fortes qu’eux. Des rires qui se caressent et qui s’agrippent l’un à l’autre.

En passant, ils se frôlent quand ils ne se prennent pas dans les bras franchement. Ils se fondraient presque l’un dans l’autre.

À mesure que la soirée passe, Alice ne veut plus lâcher Florian. Elle se love contre sa poitrine et ferme les yeux. Peut-être qu’ainsi, le temps va s’arrêter et qu’ils resteront là éternellement.

 

 

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Encore un je t’aime

Je suis habitée par le souvenir de son corps dans mes bras. Il y a la trace de son baiser sur ma joue. Je me rappelle sa caresse amoureuse, la convoque encore et encore pour ne pas l’oublier.

Il n’est plus là, la bulle a éclaté. Il y a une sensation de manque, les nuits sont agitées. En rêve la recherche d’un contact qui ne veut plus se faire. La descente trop brutale, même si on a décidé de la rendre aussi douce que possible.

Il y a des « Et si ? » qui dansent dans la tête, des espoirs qu’on préfère enfouir au réveil.

C’est un sevrage violent. Il faudrait accepter le manque pour en dépasser la sensation.

Les nuits ne sont pas aussi apaisées que les jours. Dans les rêves, il n’y a plus de pensée rationnelle.

 

 

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La mariée

Hier elle est allée essayer une dernière fois sa robe de mariée avant sa livraison. Elle s’est trouvée parfaite. Elle est pleine d’impatience et a hâte que Jonathan la découvre à la mairie. Au fond d’elle il y a la crainte que la robe ne lui plaise pas, mais elle se convainc que ce n’est pas possible. Cette journée sera merveilleuse, elle le sent. Pourtant il reste encore tant de choses à faire !

Elle a beaucoup d’ambition pour ce mariage. Elle s’occupe de la décoration elle-même, mais tout cela prend un temps fou. Dans un mois et demi elle sera mariée. Elle a peine à le croire. Elle se demande si Jonathan a lui aussi du mal à réaliser. Au début il ne voulait pas se marier, et puis un jour est arrivée la vraie demande officielle. La surprise avec une bague dans un endroit magique. Elle a été bouleversée qu’il s’adonne à quelque chose de si cliché.

Par moments elle se demande s’il ne le fait pas juste pour lui faire plaisir et elle ressent une vague culpabilité, mais son impatience prend vite le dessus. Elle a le bonheur égoïste.

 

Photo by Katy Duclos on Unsplash