Printemps

L’hiver est passé vite, le bleu s’est emparé du ciel.

Les arbustes éclatent déjà de fleurs, les oiseaux chantent les uns pour les autres à l’ombre des branches encore nues.

Calmes matins de paresse, on se laisse vivre tant qu’on en a l’occasion.

Le futur a cessé de s’inviter dans le présent, son horizon s’étire, s’étire encore. Incertain, bouché, terne. Il faut jouir, ici et maintenant.

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Ses bras

Il veut les envelopper dans son amour, celles et ceux qu’il aime. Ses bras comme un cocon.

Ses bras terre d’accueil, solides. On y déverse les doutes et les tensions.

Son corps chapiteau, qui protège de la pluie et des maux.

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Insurrection

Camarade, le moment est bientôt venu du renversement violent des institutions.

C’est une révolution profonde qui se prépare, une révolution radicale, expropriatrice, une révolution immédiate.

Garde-toi du mandat parlementaire, c’est un leurre. Nombreuses, les promesses jamais tenues. Le bureau des députés sent la poussière.

Calmez-vous ! Nous disent-ils, les socialistes. Ils se préparent dans leurs costumes-cravates. Ils réforment, ils se glissent.

Aux anarchistes la discipline révolutionnaire ! À eux les armes, à eux la complicité des masses !

Nous mettrons dans l’impossibilité de nuire celles et ceux qui organisent la défense de l’ordre bourgeois.

D’après Errico Malatesta « Action et discipline », 1920.

 

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Intuition

Une intuition qui ne ment pas.

Fidèle sens aiguisé par des années de pratique.

Les antennes dressées, attentives et prêtes à dire.

Une intuition que l’on suit, tout le reste fermé,

La porte qui s’ouvre sur l’intime.

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Il aime

Il aime sans jamais cesser. Toujours à la fin des livres, il garde des pages blanches, ouvertes au cas où.

Parfois il aime tant qu’il s’en brûle les entrailles.

Il regarde, amoureux et craintif, le sujet de son désir qui ne le lui rend pas.

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Curiosité

Des étincelles dans les yeux. Il faut apprendre à faire, apprendre à savoir. Apprendre toujours.

Il a les sourcils froncés, concentré. Les pages s’enchaînent sur le petit écran de son téléphone. Son esprit est comme une puce qui saute d’un cheveu à un autre. Il est insatiable, il faut toujours explorer.

Sa curiosité n’a pas de limite. Creuser encore un peu plus, chercher les réponses des questions en suspens.

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L’amoureux

Il la regarde et réalise la chance qu’il a. Son aura brille, autour d’elle : elle est à l’aise, décidée. Il goûte les moments qu’elle lui offre avec la crainte qu’ils seront peut-être les derniers.

Elle papillonne, vit des expériences. Il reste à la marge, il ne veut pas la déranger. Son bien-être et sa liberté avant tout le reste. Par moments, il grappille des miettes. C’est ça ou rien.

L’idée qu’elle puisse s’éloigner, qu’elle puisse se lasser le terrifie. Et si elle ouvrait les yeux et le trouvait vide ?

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Un dîner en ville

Un dîner en ville, le monde autour de la table. Rires et discussions collectives, la solitude au fond de la tête.

Un dîner en ville, une génération futile. Lumière accablante, glacée, qui tombe sur les visages, qui marque durement les ombres. La fatigue, la vieillesse prématurée dissimulée à peine par le masque. Bonheur factice.

Enfants du capitalisme, tous autour de la table. Ils oscillent. Aveuglement ou dépression ?

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Chemin quotidien

Reprendre le chemin de la solitude, celle du quotidien sale, usé, celle dont on ne veut plus.

Il faut encore supporter les mêmes chemins, partager ses bactéries avec les autres. La foule, sans remède à la solitude existentielle.

Quotidien, même routine, les rails qui filent. Le transit permanent, barres d’immeubles en construction. Des bâtiments coupés nets. Cette laide beauté, la poésie partout dans les friches industrielles.

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Parenthèse rituelle

Ils ont dansé un rituel, de l’eau dégoutte encore devant les fenêtres.

Ils se sont tous levés plus tard que d’habitude dans la maison silencieuse.

Dans le poêle, les cendres ont refroidi.

Ils sont habités de glace et se tiennent recroquevillés sous les couvertures, serrés les uns contre les autres.

C’est le dernier jour de la parenthèse.