Trois lettres d’amour

Le paysage défile sous mes yeux et passe doucement du soir à la nuit. Le ciel est chargé de gris multicolores. Je regarde les bouquets d’arbres et dans cet entre-deux du train, ce moment suspendu, je pense à vous. J’ai envie d’écrire trois lettres d’amour qui vous seraient destinées. J’ai envie de vous partager une once du sentiment qui m’inonde quand je pense à vous.

J’ai dit que j’écrirai trois lettres et pourtant me voilà à construire une lettre commune tant l’amour irradie et ricoche de l’un à l’autre.

Je suis amoureuse de toi. À chaque fois que je pense à toi, je ferme les yeux pour reconvoquer les souvenirs de nos étreintes. J’ai ta peau qui me reste sous les doigts. Ton odeur, j’essaye de m’y retrancher quand je suis envahie d’effluves étrangères. J’ai la mémoire de nos baisers et de nos caresses.  J’ai envie de m’ancrer contre toi, de glisser mes doigts entre les tiens et de laisser couler le temps sur nous comme s’il n’existait pas. J’ai envie de construire ta maison, que tu construises la mienne et que nos deux vies restent imbriquées, même à des kilomètres. Je suis heureuse que notre rencontre ait basculé.

Je suis amoureuse de toi. Je crois que tu le sais même si je ne te l’ai jamais dit. Je ne peux pas décrire le sourire intérieur qui s’ouvre quand je pense à toi. Mieux encore, quand je te vois. C’est un amour silencieux, qui n’a pas besoin de moi pour être, mais c’est un amour solide qui survivra à la fin du monde. Il ne me faut qu’une pensée pour rallumer le sourire permanent de tes yeux et le son de ta voix. Je n’ai besoin ni de te voir, ni de te toucher pour t’aimer. Tu as depuis longtemps ta place en moi et je suis reconnaissante de t’avoir rencontré.

Je suis amoureuse de toi. Je l’ai dit déjà, à demi-mots, mais peut-être as-tu préféré faire comme si ça n’existait pas. Je me rappelle la danse que nous avons partagée, tes lèvres qui, dans le noir, ont effleuré mon cou. Je chéris ce moment qui ne se présentera plus et je suis fière de l’avoir provoqué. Je suis touchée par tes mots maladroits et ta créativité. Tu es une inspiration et c’est comme si ton existence avivait chez moi l’envie de créer. Cet amour n’est ni solidement installé ni confiant, mais il éclate sporadiquement et remplit ma vie d’un sourire de plus. Je suis heureuse que tu sois là.

Voilà pour ces trois lettres d’amour, écrites contre les cahots d’un intercités qui m’amènent le cœur au bord des lèvres. Mais je ferme les yeux et vos images sont juste derrière mes paupières. Je vous aime. 

 

 

Photo by Balazs Busznyak on Unsplash

Un corps vide

Trop loin, les mots,

les mots longtemps muselés.

Mes doigts raides ont perdu leur dextérité

et tout mon corps est entravé.

La tête échouée sur mon coude replié,

pèse tout le poids de mon corps et de mon être.

En mon centre, l’envie de pleurer devant l’impuissance, mon échec.

Je n’arrive plus à rien.

Les doux souvenirs de réussites lointaines se nimbent d’un voile imaginaire.

Je n’arriverai plus à rien et je suis condamnée à demeurer cette âme lourde, qui se traîne.

 

Chaque jour plus poussif que la veille

et cet effort pour s’asseoir là, au travail.

Allongée dans mon lit, les minutes passent et je regarde le ciel.

Les yeux clos, je me recroqueville, l’esprit tendu dans le rêve.

Je n’ai envie de rien, je ne suis bonne à rien.

Je regarde sur mon téléphone les réussites des autres.

Je m’abreuve de la beauté qu’iels font naître, mais je ne vois que le reflet de ma nullité.

Tout me renvoie à elle.

 

Le bureau, délaissé, me crie la honte, mais je me détourne,

m’efforce de l’ignorer.

Les journées s’écoulent d’un gris terne

et le vide m’emplit toute entière.

 

Photo by Yuris Alhumaydy on Unsplash 

Printemps

L’hiver est passé vite, le bleu s’est emparé du ciel.

Les arbustes éclatent déjà de fleurs, les oiseaux chantent les uns pour les autres à l’ombre des branches encore nues.

Calmes matins de paresse, on se laisse vivre tant qu’on en a l’occasion.

Le futur a cessé de s’inviter dans le présent, son horizon s’étire, s’étire encore. Incertain, bouché, terne. Il faut jouir, ici et maintenant.

Photo by Nikhil kumar on Unsplash

Ses bras

Il veut les envelopper dans son amour, celles et ceux qu’il aime. Ses bras comme un cocon.

Ses bras terre d’accueil, solides. On y déverse les doutes et les tensions.

Son corps chapiteau, qui protège de la pluie et des maux.

Photo by M.T ElGassier on Unsplash

Intuition

Une intuition qui ne ment pas.

Fidèle sens aiguisé par des années de pratique.

Les antennes dressées, attentives et prêtes à dire.

Une intuition que l’on suit, tout le reste fermé,

La porte qui s’ouvre sur l’intime.

Photo by JR Korpa on Unsplash


Il aime

Il aime sans jamais cesser. Toujours à la fin des livres, il garde des pages blanches, ouvertes au cas où.

Parfois il aime tant qu’il s’en brûle les entrailles.

Il regarde, amoureux et craintif, le sujet de son désir qui ne le lui rend pas.

Photo by frank mckenna on Unsplash

Curiosité

Des étincelles dans les yeux. Il faut apprendre à faire, apprendre à savoir. Apprendre toujours.

Il a les sourcils froncés, concentré. Les pages s’enchaînent sur le petit écran de son téléphone. Son esprit est comme une puce qui saute d’un cheveu à un autre. Il est insatiable, il faut toujours explorer.

Sa curiosité n’a pas de limite. Creuser encore un peu plus, chercher les réponses des questions en suspens.

Photo by Joseph Rosales on Unsplash

L’amoureux

Il la regarde et réalise la chance qu’il a. Son aura brille, autour d’elle : elle est à l’aise, décidée. Il goûte les moments qu’elle lui offre avec la crainte qu’ils seront peut-être les derniers.

Elle papillonne, vit des expériences. Il reste à la marge, il ne veut pas la déranger. Son bien-être et sa liberté avant tout le reste. Par moments, il grappille des miettes. C’est ça ou rien.

L’idée qu’elle puisse s’éloigner, qu’elle puisse se lasser le terrifie. Et si elle ouvrait les yeux et le trouvait vide ?

Photo by Allef Vinicius on Unsplash

Un dîner en ville

Un dîner en ville, le monde autour de la table. Rires et discussions collectives, la solitude au fond de la tête.

Un dîner en ville, une génération futile. Lumière accablante, glacée, qui tombe sur les visages, qui marque durement les ombres. La fatigue, la vieillesse prématurée dissimulée à peine par le masque. Bonheur factice.

Enfants du capitalisme, tous autour de la table. Ils oscillent. Aveuglement ou dépression ?

Photo by Kelsey Chance on Unsplash

Chemin quotidien

Reprendre le chemin de la solitude, celle du quotidien sale, usé, celle dont on ne veut plus.

Il faut encore supporter les mêmes chemins, partager ses bactéries avec les autres. La foule, sans remède à la solitude existentielle.

Quotidien, même routine, les rails qui filent. Le transit permanent, barres d’immeubles en construction. Des bâtiments coupés nets. Cette laide beauté, la poésie partout dans les friches industrielles.

Photo by Dan Bøțan on Unsplash