Contre l’Autorité

Les penseurs mènent bataille,

eux, qui croient les faits et la raison,

rejettent les fois aveugles,

contre l’Autorité.

 

Après avoir destitué les prêtres, déraciné leur pouvoir,

c’est la tyrannie des rois et des gouvernements qu’ils assiègent.

 

Contre l’Autorité qui possède tous les droits,

accorde les privilèges selon sa bonne volonté.

L’Autorité qui ne représente personne

face à la quantité inconnue de la majorité.

 

Contre l’Autorité,

nourrir en soi, porter en étendard les valeurs anarchistes.

Rendre impossible, toujours, le contrôle des moyens de subsistance d’un être humain par un·e autre.

 

Contre l’Autorité,

la première pierre est la révolution de la pensée.

 

 

D’après Voltairine de Cleyre, « La tendance économique de la libre pensée », Écrits d’une insoumise, Québec, Lux, 2018

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Révolution imminente, et après ?

Depuis des siècles paraît imminent l’instant, si vivement attendu,

instabilité éternelle.

Succès et catastrophes encore entremêlés

permettent malgré tout d’espérer sur la crête.

 

Il n’y aura pas d’anarchie immédiate,

toutes et tous le savent ou feignent de l’ignorer.

 

D’abord, améliorer les conditions sociales de chacune et chacun.

D’abord conquérir la liberté et en imposer le respect.

 

Et après ?

 

D’après Errico Malatesta, « Autour de ‘notre’ anarchisme », 1924

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Un corps vide

Trop loin, les mots,

les mots longtemps muselés.

Mes doigts raides ont perdu leur dextérité

et tout mon corps est entravé.

La tête échouée sur mon coude replié,

pèse tout le poids de mon corps et de mon être.

En mon centre, l’envie de pleurer devant l’impuissance, mon échec.

Je n’arrive plus à rien.

Les doux souvenirs de réussites lointaines se nimbent d’un voile imaginaire.

Je n’arriverai plus à rien et je suis condamnée à demeurer cette âme lourde, qui se traîne.

 

Chaque jour plus poussif que la veille

et cet effort pour s’asseoir là, au travail.

Allongée dans mon lit, les minutes passent et je regarde le ciel.

Les yeux clos, je me recroqueville, l’esprit tendu dans le rêve.

Je n’ai envie de rien, je ne suis bonne à rien.

Je regarde sur mon téléphone les réussites des autres.

Je m’abreuve de la beauté qu’iels font naître, mais je ne vois que le reflet de ma nullité.

Tout me renvoie à elle.

 

Le bureau, délaissé, me crie la honte, mais je me détourne,

m’efforce de l’ignorer.

Les journées s’écoulent d’un gris terne

et le vide m’emplit toute entière.

 

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Propagande par l’exemple

Misère et ruine dans toute l’Europe,

et le monde entier.

Les larmes de tout l’argent amassé

par les capitalistes, prétendus philanthropes.

 

La révolution pacificatrice attendue, peine à trouver sa voie,

les forces manquent.

Cette dignité absente, la liberté, ne se conquiert, dit-on, qu’au moyen de sacrifices cruels,

de souffrances indicibles.

 

N’exagérons pas.

 

Car le bien-être matériel des pauvres est une donnée du combat.

Pas d’insurrection sans pain et sans toit,

pas de propagande sans l’exemple de chacune et chacun, anarchistes fervents,

et leur humaine indulgence.

 

N’attendre des autres que ce que l’on fait déjà.

 

D’après Errico Malatesta, « La nouvelle crise », 1922 et « Idéalisme et matérialisme », 1924

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Ceux qui nous dominent

Ces gens qui nous dominent, dont on ne parvient pas à détruire l’oppression.

Lâches et fanfarons, dictateurs en puissance,

ils font déjà couler des larmes de sang un peu partout.

Ombre du fascisme, qui grandit lentement.

Les temps sont tristes et inquiétants.

Les anarchistes vaincus ? Impuissants ?

Au contraire, toujours vaillants, ils luttent pour empêcher les fascistes de devenir les plus forts.

Et toujours l’espoir inébranlable d’une inéluctable insurrection.

Lutter pour empêcher, coûte que coûte, qu’une classe, un parti ou un individu n’impose sa volonté aux autres par la force. Mettre hors d’état de nuire ceux dont les dégâts sont une humiliation permanente causée à notre nature d’êtres humains.

Nous ne voulons pas de leurs méthodes. Elles ne sont bonnes qu’aux tyrans.

D’après Errico Malatesta, « Mussolini au pouvoir », 1922 et « Pour la prochaine insurrection », 1923

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Contre l’inaction

Après des semaines d’une grève acharnée par des travailleurs héroïques, la victoire à portée de main, le syndicat a trahi. Appel à la démobilisation générale.

Les anarchistes, avec tout leur courage et leur esprit de sacrifice ne peuvent que s’émouvoir, crier au scandale et à la félonie.

Toujours prêtes et prêts les anarchistes à s’associer au combat, à grossir les rangs, mais ils n’initient pas le mouvement. Assez nombreux sont-ils pourtant.

Contre l’impuissance et l’inaction, les anarchistes doivent allumer la mèche.

Comment faire front, ensemble, contre cet État complice des fascistes ?

Comment mettre à terre, par l’individuel et le collectif, le pouvoir abusif ?

 

D’après Errico Malatesta, « Pour demain », 1922.

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Printemps

L’hiver est passé vite, le bleu s’est emparé du ciel.

Les arbustes éclatent déjà de fleurs, les oiseaux chantent les uns pour les autres à l’ombre des branches encore nues.

Calmes matins de paresse, on se laisse vivre tant qu’on en a l’occasion.

Le futur a cessé de s’inviter dans le présent, son horizon s’étire, s’étire encore. Incertain, bouché, terne. Il faut jouir, ici et maintenant.

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Grève générale

Pour une révolution sociale radicale, nous voulons la grève générale,

arme de lutte puissante.

Dans l’ombre, les fourmis préparent l’insurrection.

Elles fomentent,

placent et comptent leurs munitions.

 

Le Marxisme, ses dogmes et son fatalisme, a freiné l’impulsion initiale.

Par sa faute, une préparation insurrectionnelle négligée, des stratégies insatisfaisantes à repenser.

Pour vaincre, nous n’affamerons pas la bourgeoisie,

nous n’avons besoin que d’armes, que les soldats défendent le peuple contre la police,

que la force soit l’outil de la liberté.

 

Liberté de tous et toutes,

Justice pour tous et toutes,

Fraternité et solidarité entre tous et toutes

 

Une grève générale pour faire grandir l’insurrection.

 

D’après Errico Malatesta, « La grève générale », 1922

 
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La méthode anarchiste

Les législateurs, qui toujours veulent en faire plus.

Une sévérité sans pareille, mais la loi ne peut rien contre le vice.

Danger.

Fruit défendu.

Appât du gain.

Cesse de faire confiance aux lois et tu verras, tout ira bien.

Nous sommes pour le libre commerce, la libre utilisation. Le monde LIBRE.

Contre un usage nocif, il faut arracher les causes sociales à la racine.

Mais au moins plus de bénéfices ni spéculation.

Pourquoi ne pas essayer la méthode anarchiste ?

D’après Errico Malatesta, « Le danger de la cocaïne », 1922.

 

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Ses bras

Il veut les envelopper dans son amour, celles et ceux qu’il aime. Ses bras comme un cocon.

Ses bras terre d’accueil, solides. On y déverse les doutes et les tensions.

Son corps chapiteau, qui protège de la pluie et des maux.

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