Impressions

La main est posée sur le papier, la pointe du stylo levée. Le regard perdu dans le vague, l’écrivain attend. Il a dans les yeux des images de paysages impressionnistes. Un temps disparu où les peintres installaient leurs chevalets en bord de champs et de rivières. Cet imaginaire, nourri des tableaux de sa jeunesse, danse devant ses yeux, il y est presque. Pour un peu, il pourrait se lever de sa chaise et aller discuter avec les peintres de son esprit. Ils sont si vifs, ils parlent ensemble pleins d’animation.

Le paysage qu’il y a vraiment derrière sa fenêtre est gris, moderne. Un poteau électrique barre la vue de son jardin. Il préfère se plonger dans ces tableaux avec délice. Vivre dans sa tête, c’est déjà vivre un peu.

Il écrit les couleurs qu’il voit derrière ses paupières, les taches de lumière, ces impressions de soleil et d’eau qui se révèlent avec la distance et qui disparaissent quand on cherche à approcher. Il a le sentiment de trahir son époque, mais il n’y peut rien. C’est ce qu’il se passe plus d’un siècle en arrière qui l’anime, nostalgique d’un temps qu’il n’a jamais connu.

Berthe Morisot, Eugène Manet et sa fille au jardin, 1883

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