Intimatopia #20 – Passé

Lire les épisodes précédents

Constance souriait. Intimatopia était décidément le moment qu’elle préférait dans l’année. Elle reprit une gorgée de sa bière et observa le salon. Tout le monde paraissait heureux. Si l’on avait pris une photographie d’eux à cet instant on aurait pu y lire le bonheur à l’état pur. Aucun souci profond ne se lisait dans les yeux, aucun rapport froid ou distant entre les membres de cette bande d’amis. Pourtant elle savait qu’il n’en était rien. Comme tout le monde et parfois même plus que les autres, certains ici souffraient. Constance observa Gabin qui était en train de parler avec Pierre et Élise. Il avait l’air heureux. En deux ans, Constance ne se rappelait pas avoir déjà vu Gabin triste. Il arrivait qu’il soit contrarié par moments, mais ces moments étaient tellement rares qu’ils se comptaient sur les doigts d’une main. Non loin de Gabin, Constance observa Aymeric. Il était dans son élément, à l’aise. Il racontait des blagues et animait la soirée des gens autour de lui. Il ne pouvait pas s’en empêcher. Le bien-être d’Aymeric dépendait du bien-être du groupe. Parfois au risque d’imposer aux autres des choses qu’ils ne voulaient pas faire. Cet autoritarisme était une chose que Constance ne supportait plus. Elle en avait été tellement victime et elle avait tellement dû taire ses propres sentiments sous peine de déclencher des engueulades d’une violence incroyable, qu’aujourd’hui le moindre excès d’autorité d’Aymeric la mettait en rage. Pourtant Constance n’arrivait pas vraiment à lui en vouloir. Enfin, elle ressentait par moments de la colère pour Aymeric, pour son attitude avec les autres, pour les comportements qu’il avait provoqués chez elle, pour la peine qu’il lui avait fait subir aussi, mais systématiquement, lorsqu’elle était en face de lui, elle oubliait ses griefs et faisait comme si de rien n’était. Constance ne savait pas comment on pouvait regarder quelqu’un en face et continuer à lui en vouloir. D’autant plus quelqu’un qu’on avait follement aimé et qui avait été si important dans sa vie. Pourtant Aymeric ne s’était jamais excusé. Il avait eu une attitude impardonnable, il ne l’avait jamais reconnu, n’avait jamais cherché à se faire pardonner par Constance, mais aujourd’hui, elle ne ressentait aucune rancune. Bien sûr, elle ne l’aimait plus comme elle l’avait aimé. Quelque chose s’était brisé à jamais et elle ne ressentait plus pour lui l’intérêt qu’elle ressentait avant. Il pouvait se passer des mois sans qu’elle ait aucune nouvelle d’Aymeric, il pouvait connaître des problèmes dans sa vie, sans qu’elle y porte le moindre intérêt. Il y avait une ambivalence étrange dans son comportement avec lui. Elle était à la fois en colère, indifférente et heureuse que leurs rapports aient retrouvé un semblant d’amitié. Tout cela à peu près en même temps, si bien qu’il était difficile pour ses amis (et même pour elle) de savoir ce qu’elle ressentait vraiment à son sujet. C’était avec Gabin qu’elle en parlait le plus. Gabin avait ce détachement extraordinaire, cette absence de jalousie qui faisait de lui une oreille extérieure, non concernée par ces histoires. Cette absence de jalousie était à la fois une bénédiction et un caillou dans la chaussure de Constance. Une ombre au tableau de son bonheur qui faisait que souvent elle se demandait s’ils étaient vraiment amoureux l’un de l’autre. S’ils n’étaient pas simplement deux amis qui avaient choisi de partager leur vie comme partenaires. Depuis deux ans, Constance faisait l’autruche avec cette idée. Elle disait souvent sur le ton de la revendication qu’il valait mieux être seule que mal accompagnée, mais elle n’appliquait pas vraiment ce précepte à sa vie. Elle ne savait pas quitter.

*à suivre*

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.