La prison du corps

Elle a l’impression d’avoir cent ans. Son corps ramolli est perclus de douleurs. Elle compte les jours depuis qu’elle a arrêté le sport comme s’ils étaient des jours d’emprisonnement. Son propre corps est devenu une prison limitante. Elle s’est laissée aller. En trois ans et quelques mois elle est abasourdie de voir comme son corps lui est étranger. Il a changé. Plus gras, plus mou, moins tonique. Plus douloureux aussi. Elle n’a que trente ans et son énergie encore explosive est limitée par un corps de pierre.

Elle sait que ce n’est pas encore irréversible. Qu’il lui suffit de se remettre en mouvement. Ce sera difficile au début, il faudra y aller par étapes. Réapprendre à faire travailler son corps d’abord, puis débloquer le mouvement. Se confronter à la douleur, ne pas abandonner. Mais ne pas forcer non plus au risque de se blesser. La blessure, ce risque latent. Le risque, surtout, de ne jamais pouvoir recommencer et de ne jamais plus pouvoir dépasser la prison du corps.

Pour le moment c’est l’immobilité qui gagne le combat. La facilité. À chaque minute supplémentaire passée dans son fauteuil elle sent ses muscles se ramollir. Cela ne peut plus durer, sous peine de ne jamais pouvoir remonter sur les planches.

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